Pour un Collectif du Jeune Souverain
PolitiqueRédaction – – 11 min de lecture
Nous posons le principe d'un collectif transpartisan de jeunes qui désirent agir pour la souveraineté de la France. Rejoignez-nous !

Introduction
Un récent sondage publié par la Fondation du Roi Baudouin a fait état d'une opinion française qui voterait à 54 % en faveur d'une sortie de la France de l'Union européenne [1][2].

Pourtant, le pouvoir médiatique, et financier qui le sous-tend, invisibilise tant bien que mal cette option. Alors, voilà qu'on débat de telle ou telle chose futile, l'emballage de l'austérité, les aventures royales d'un Bel-Ami, les mondanités de notables républicains, les gênes du futur bébé amazon, l'origine de l'immigré demain esclave ; c'est-à-dire de toutes ces choses qui finalement, ne feront de notre Cité, toujours un peu plus, qu'une immense foire.
Pourquoi sortir de l'Union européenne ?
Pour faire très bref - ce sera l'objet d'autres articles à suivre - cette construction supranationale s'est faite à rebours des souverainetés nationale et populaire : un exemple parlant, 59 % des textes ayant valeur de loi en France sont d'origine européenne.
C'est-à-dire, que le Parlement, censé être un des moyens par lesquels s'exerce la souveraineté du peuple (d'après l'article 3 de la constitution), ne dispose plus du pouvoir réel.
Par ailleurs, 41% des lois restantes doit s'insérer dans les traités, la jurisprudence européennes.
Le deuxième moyen - sans nul doute le plus important, dans l'esprit de la constitution - par lequel le peuple pouvait exercer sa souveraineté, à savoir le référendum, a de fait été aboli. Nous n'avons pas voté depuis 21 ans : la dernière expression de ce peuple souverain a été le rejet net du Projet de constitution pour l'Europe le 29 mai 2005.** Et l'acte de suppression de la souveraineté du peuple aura été le contournement de ce rejet référendaire par le parlement réuni en congrès, par l'artifice législatif, ratifiant le traité de Lisbonne en 2007**.
Les juristes n'ont pas proposé d'innovations. Ils sont partis du texte du traité constitutionnel, dont ils ont fait éclater les éléments, un par un, en les renvoyant, par voie d'amendements aux deux traités existants de Rome (1957) et de Maastricht (1992). Le traité de Lisbonne se présente ainsi comme un catalogue d'amendements aux traités antérieurs. Il est illisible pour les citoyens, qui doivent constamment se reporter aux textes des traités de Rome et de Maastricht, auxquels s'appliquent ces amendements. Voilà pour la forme.
Si l'on en vient maintenant au contenu, le résultat est que les propositions institutionnelles du traité constitutionnel - les seules qui comptaient pour les conventionnels - se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent, et insérés dans les traités antérieurs.»
Valéry Giscard d'Estaing, tribune pour Le Monde, 26 octobre 2007
C'est à ce titre que la constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet parlera de « haute trahison » pour qualifier cet artifice illégitime du parlement.
Très concrètement
Admettons que nous voulions réindustrialiser, retrouver la production industrielle, des emplois dans les secteurs primaire et secondaire ; toutes les économies qui ont voulu s'industrialiser l'ont fait en se protégeant de la concurrence étrangère.
Mettre des barrières douanières, ou contrôler les capitaux (c'est-à-dire contrôler les flux de richesse vers l'étranger - par exemple « si Peugeot veut construire une usine en Pologne), dans le cadre européen, c'est impossible.
La moitié des délocalisation s'est faite à l'intérieur de la zone euro.
Si vous êtes plutôt de gauche, toute politique sociale, de réorientation de l'économie vers une économie publique forte, un système de circuit du trésor, le crédit nationalisé, le contrôle sur la politique monétaire... Tout ceci est impossible dans la construction européenne[3].
Si vous vouliez réduire les flux migratoires, mesure plutôt étiquetée comme « de droite », cela est impossible en vertu du Traité d'Amsterdam. En effet, par ce traité, les questions relatives aux visas, à l'asile, à l'immigration et à la libre circulation des personnes ont été déplacées (pour l'essentiel) vers le traité instituant la Communauté européenne (ex-premier pilier)[4].
Que faire ?
Il y a quelques années, existaient des organisations de jeune qui œuvraient au rassemblement des partisans de la souveraineté de la France (on peut penser notamment, à la Critique de la raison européenne ou à l'Union des jeunes souverainistes). Aujourd'hui, nous sommes assez esseulés dans notre quête d'une organisation apartisane rassemblant cette force invisible.
C'est la raison de l'émergence de ce site, et nous l'espérons d'une association venant combler ce manque, alors que l'époque exige la résurgence de telles organisations de jeunes œuvrant pour la souveraineté du peuple.
https://kbs-frb.be/fr/brexit-electeurs-britanniques-et-europeens-desormais-sur-la-meme-longueur-donde-concernant-leurope?ref=cms.eurovoir.fr ↩︎
Jacques Nikonoff, ancien ouvrier devenu élève de l'ENA, Sortons de l'Euro, 2011 ↩︎
André Bonnet, Référendum de 2005 : Les preuves de la trahison démocratique, 2025 ↩︎

Comprendre l'enjeu, les conséquences et les mécanismes de la construction européenne est une chose difficile, car tout est fait pour demeurer opaque, à l'abri du regard et du contrôle des citoyens. Un beau document pour « débroussailler » ce terrain difficile est le documentaire de l'avocat Camille Adam, Au Nom de l'Europe
Qu'est-ce que la souveraineté, d'ailleurs ?
Laissons la femme politique Marie-France Garaud, dans cet extrait de 50 secondes, nous en parler :
C'est ce qu'on appelle la « compétence de la compétence. » C'est la faculté pour le sujet qui la détient (le roi, le peuple...) de décider de toute chose politique, tout le temps. Pour citer Frédéric Lordon, « la souveraineté s'assimile parfaitement à la démocratie. » C'en est la condition substentielle. On notera par ailleurs que le titre premier de la Constitution de la Ve République s'intitule « De la souveraineté », laquelle appartient au peuple, comme dispose l'article 3.
Société dissolue, et clivages imbéciles
Nous vivons à l'heure des querelles de partis, de chapelles, d'écuries, de boutiques. Nous ne supportons plus l'hétérogénéité inhérente à un débat politique sain et vivant. Nous ne tolérons que ce qui épouse parfaitement notre corpus idéologique et notre paradigme de pensée. La division du peuple jadis souverain, est l'esprit de notre époque. On s'engueule, mais sans objet, sans intérêt réel dans la contradiction, si ce n'est celui de « gagner le débat » ou de « montrer que l'on sait mieux que l'autre. »
Le débat politique est devenu un ring pour politiciens, une sorte de spectacle permanent où n'émergent que des faux sujets, et où tous les acteurs admis dans le « débat public » pensent peu ou prou la même chose sur les sujets fondamentaux : austérité, intégration européenne, envoi d'armes à l'étranger...
Faisons une métaphore.
Au sein de la Cité, il est des temples, des monastères d'érudition. Jadis, la Cité les respectait tant, que ces temples de la connaissance suivaient une règle quelque peu monacale : la liberté de l'esprit humain entre ses murs en faisait l'honneur et la gloire, et l'ascèse de l'étude permettait d'élever les hommes. Mais tout est marchandise, fussent-ce des fictions quand l'esprit se complaît dans le fétichisme ; le temple est abattu, ou du moins, s'il ne l'est pas encore physiquement, le marchand y a pénétré et l'a saccagé. Notre attention, nos inclinaisons de lecture, de visionnage sont à vendre. Sommes-nous plus libres quand nous pouvons désormais verser dans la licence de chaque jour, qu'au temps où nos vies étaient réglées par une étude sévère mais juste ? L'algorithme et la machine, voilà les ferments du simulacre achevé !
Çà et là, subsistent des chapelles. L'Église se brise, ses fils et ses filles se réfugient dans de dernières forteresses dispersées, trésors de jadis et ruines probable de demain, sans Bonaparte aucun, sans stratégie, sans élan. Les vieux recteurs, sévères, d'un autre temps, ne sont pas enclin à céder devant tant de tentations et de simulacres venus du dehors les profaner. La rumeur se répand que tel autre dernier bastion a cédé, cédé devant l'ennemi invisible et ineffable. Oh ! Il est certain que certains tomberont, que tel cavalier honnête subira telle ruade de son cheval devenu de Troie.
Les républicains orthodoxes diront que voilà le coassement d'une grenouille de bénitier. Les fidèles sincères verront là blasphème quand il ne s'agit que d'être de la lumière parmi les ténèbres inquiètes. L'Église ? Eh ! C'est la nation. Post tenebras, lux !
Les rouges : « Voilà des beaufs, des réac', des fafs ». Auxquels rétorquent les blancs : « Voici les racailles, les punks à chien, des islamo.. » Pendant cet échange savant, flotte froidement le bleu, le bleu pareil à des drapeaux d'armées d'occupation d'hier. Les bleus ricanent, jactent : « Qu’importe de l’état le calme ou les orages ? Ces Romains si jaloux, si fiers de leurs suffrages, Qui jadis commandaient aux rois, aux nations, Décernaient les faisceaux, donnaient les légions, Et seuls, dictant la paix, ou proclamant la guerre, Régnaient du Capitole aux deux bouts de la terre, Esclaves maintenant de plaisirs corrupteurs, Que leur faut-il ? du pain et des gladiateurs[1]. »
L'ennemi du sans-culotte comme du Vendéen, c'est la Plaine, la morne plaine. Ce Waterloo de chaque jour. Oh, sans-culotte, va donc suppléer tel bleu, mais il se peut que ses étoiles d'or pleuvent en bombes sanguinaires sur ton pays. Oh, plus-royaliste-que-le-Roy, dédaigne donc ton voisin patriote, car tu subordonnes la patrie à tes desseins pour elles. Amis de demain, ayons ces mots de Marc Bloch en tête, et au cœur :
« Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. »
— Marc Bloch, L'Étrange défaite, 1946
Pourquoi ?
« Cette occasion, pour la susciter, pour qu’elle se révèle, pour qu’elle s’impose, eh bien ! il faut une grande peur ou alors un grand élan. Évidemment, notre pays d’aujourd’hui n’a pas de grands élans. »
— Charles de Gaulle, Discours aux délégués départementaux du RPF, 1953
Nous voulons faire avenir l'occasion. L'occasion de la libération nationale. Susciter l'élan, ou être la furie dans la nuit. Le combat sera âpre, nous avons le « monde » contre nous. Les amis du monde.
Nous voulons que soit rebâtie la Cité, que la politique soit réinstituée, que les engueulades soient de nouveau, permises et fécondes. Nous voulons nous battre pour pouvoir débattre, et que du débat nous rebattions les cartes.
Assez de propagande, assez de sectarisme, assez d'insolence inutile et de violence débile. Assez de divisions partisanes, existons comme sujet collectif. Nous exigeons la libération vis-à-vis des tyrans qui nous gouvernent, et des carcans qui verrouillent tout changement réel, nous voulons abattre la citadelle qui nous a mis sous tutelle.
Que soient promues et encouragées, les rencontres, les échanges, les débats sur des sujets réels, qui affectent concrètement les conditions de vie du peuple. Faisons avenir le moment populiste tant attendu, ou le peuple se mourra pour de bon.
Il ne s'agit pas d'être dogmatiques, d'ailleurs, si dogme nous aurons, il s'agit de celui-là seul de la souveraineté. Souveraineté du peuple, souveraineté de la nation, certes, évidemment. Mais souveraineté sur le royaume de notre vie personnelle.
Elle est abstraite, cette souveraineté, mais elle est tout. D'aucuns y verront une finalité, d'autres le commencement, peu importe. Ce sera la souveraineté ou la mort. Patria o muerte.
Elle ne peut exister sans corps politique duquel elle émane. C'est une abstraction, qui a besoin de racines. En cela, elle n'est pas qu'une idée, elle est une force matérielle. Le peuple est cette force de l'instant, la nation la vitalité permanente qui la rend possible.
Bataille dans l'Université
Agissons pour qu'existe la voix de la souveraineté dans chaque lieu de savoir, autant que possible. Posons le débat, invitons à l'échange sur ce sujet fondamental qui est la condition sine qua non de la démocratie.
Il s'agit de construire dans un premier temps un réseau, organisé et discipliné ; qui, en sommeil pendant sa structuration, passera à l'offensive partout.
Il nous faudra être anonymes, car qui n'a rien à cacher, n'a rien à montrer. Soyons l'armée de l'ombre, l'armée secrète.
L'épreuve de l'autre
« Aujourd’hui que des recherches plus subtiles & un goût plus fin ont réduit l’Art de plaire en principes, il règne dans nos mœurs une vile & trompeuse uniformité, et tous les esprits semblent avoir été jettés dans un même moule: sans cessé la politesse exige, la bienséance ordonne; sans cessé on suit des usages, jamais son propre génie. On n’ose plus paroître ce qu’on est; & dans cette contrainte perpétuelle, les hommes qui forment ce troupeau qu’on appelle société, placés dans les mêmes circonstances, feront tous les mêmes choses si des motifs plus puissans ne les en détournent. On ne saura donc jamais bien à qui l’on a affaire: il faudra donc, pour connoître son ami, attendre les grandes occasions, c’est-à-dire attendre qu’il n’en soit plus tems, puisque c’est pour ces occasions mêmes qu’il eût été essentiel de le connoître.
Quel cortège de vices n’accompagnera point cette incertitude? Plus d’amitiés sincères; plus d’estime réelle; plus de confiance fondée. Les soupçons, les ombrages, les craintes, la froideur, la réserve, la haine, la trahison, se cacheront sans cessé sous ce voile uniforme & perfide de politesse, sous cette urbanité si vantée que nous devons aux lumières de notre siècle. On ne profanera plus par des juremens le nom du Maître de l’Univers, mais on l’insultera par des blasphèmes, sans que nos oreilles scrupuleuses en soient offensées. On ne vantera pas son propre mérite, mais on rabaissera celui d’autrui; on n’outragera point grossièrement son ennemi, mais on le calomniera avec adresse. Les haines nationales s’éteindront, mais ce sera avec l’amour de la Patrie. A l’ignorance méprisée, on substituera un dangereux Pyrrhonisme. Il y aura des excès proscrits, des vices déshonorés, mais d’autres seront décorés du nom de vertus; il faudra ou les avoir ou les affecter. Vantera qui voudra la sobriété des Sages du tems, je n’y vois, pour moi, qu’un rafinement d’intempérance autant indigne de mon éloge que leur artificieuse simplicité.
Telle est la pureté que nos mœurs ont acquise. C’est ainsi que nous sommes devenus Gens de bien. »
— Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les Sciences et les Arts, 1749
N'est plus mon ami que mon exact clone sans altérité. Pense, mange, ris, aime comme moi ! Autrement ? Au diable !
Retrouver le sens de ce qu'est le prochain qui n'est pas un Autre lointain, abstrait, fictif. Favorisons les liens de camaraderie, de fraternité. Veillons sur les anciens, élevons les enfants en femmes et hommes accomplis !
Que faire des politiciens, de la politique ?
Ce n'est plus de la politique véritable dont nous parlons. C'est du spectacle généralisé. Nous pensons avec Simone Weil :
« Le tempérament révolutionnaire mène à concevoir la totalité. Le tempérament petit-bourgeois mène à s’installer dans l’image d’un progrès lent, continu et sans limite. Mais dans les deux cas la croissance matérielle du parti devient l’unique critère par rapport auquel se définissent en toutes choses le bien et le mal. Exactement comme si le parti était un animal à l’engrais, et que l’univers eût été créé pour le faire engraisser.
On ne peut servir Dieu et Mammon. Si on a un critère du bien autre que le bien, on perd la notion du bien.
Dès lors que la croissance du parti constitue un critère du bien, il s’ensuit inévitablement une pression collective du parti sur les pensées des hommes. Cette pression s’exerce en fait. Elle s’étale publiquement. Elle est avouée, proclamée. Cela nous ferait horreur si l’accoutumance ne nous avait pas tellement endurcis.
Les partis sont des organismes publiquement, officiellement constitués de manière à tuer dans les âmes le sens de la vérité et de la justice. »
— Simone Weil, Note pour la suppression générale des partis politiques, 1950
Dans l'incertitude du monde qui vient
Aussi, rejoignez-nous ! Que vous soyez étudiant ou jeune travailleur : il nous faut réussir à disposer d'un maillage du territoire le plus complet. Vous êtes dans l'Université? Vous êtes dans une entreprise avec des collègues qui discutent de ces choses avec vous ? Formez une cellule.
Pour l'instant, rassemblons-nous seulement ; rencontrons-nous, buvons un coup.
Nous cherchons également toutes les plumes qui désireraient écrire. Proposez un article, et vous serez sans nul doute publié. Vous êtes développeur, ingénieur, graphiste, vidéaste... Toutes les compétences sont bienvenues.
Notre objectif tient en deux points : rassemblement et souveraineté. Plus précisément, organiser l'action d'une jeunesse autour de la souveraineté plutôt que vers la morosité morbide de ce monde moribond. Allons au devant de la vie !
Contact initial : @eurovoir_ sur X ou via courriel (eurovoir 'at' tutamail.com)
Juvénal, Satires ↩︎