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Le vide de la nation

ActualitéAuteur anonyme – – 4 min de lecture

Les récentes élections allemandes, avec la percée impressionnante de l’extrême droite nationaliste en Saxe-Anhalt et au Mecklembourg, ont crée une vague de panique médiatique, où toutes les comparaisons avec les élections de 1932 furent de mise

Photo by Maheshkumar Painam / Unsplash

Les récentes élections allemandes, avec la percée impressionnante de l’extrême droite nationaliste en Saxe-Anhalt et au Mecklembourg, ont crée une vague de panique médiatique, où toutes les comparaisons avec les élections de 1932 furent de mise. Or est-ce qu’une telle comparaison est-elle réellement envisageable ? En histoire l’évènement historique est par nature unique car un ensemble de conditions sont requises et ne se reproduisent pas de nouveau. Mais admettons, quelles comparaisons entre 1932 et 2026 pourrions-nous faire ? Le point le plus visible en Europe occidentale voire aux États-Unis est le rejet pur et simple de la démocratie libérale au profit de démocratures, de « populismes» ou de l’illibéralisme. Comparaison qui fait sens car les démocraties libérales furent pointées du doigt par les mouvements antiparlementaires et fascistes des années 1930, face à l’inefficacité des régimes libéraux durant une crise économique brutale. Cette comparaison pose déjà un problème évident : ceux comparant 1932 à 2026 se tirent une balle dans le pied, car admettons que les démocraties libérales sont remises en cause pour les mêmes raisons que par le passé. De ce fait, cela signifie donc que les classes politiques n’ont pas jugé nécessaire d’apprendre les erreurs du passé de leurs prédécesseurs. La comparaison avec 1932 démontre un fiasco continu des démocraties libérales. Toutefois il s’agit du seul point où une comparaison est viable, car le contexte contemporain ajoute un élément fondamental qui n’était pas présent en 1932 : l’existence d’une structure supra-nationale qui est l’Union Européenne. L’objectif initial, à savoir éviter un nouveau conflit européen au travers d’une coopération entre nations. Un beau projet en somme, mais dont l’application stagne depuis plusieurs années, créant un mécontentement. De plus, le but en soi de cette union est le fédéralisme des États membres, qui passe par un effacement sur le long terme des nations elles-mêmes. Depuis quelques années maintenant, le concept de « nation» est remit en cause, arrivant à une situation ubuesque où le tricolore, pourtant étendard de la Résistance et de la Libération, est mit au même titre que l’hydre destructrice qu’il a combattu...

Le concept de nation est remis en cause, voire condamné à disparaître. Et si cette disparition était la source de nos maux ? La cause du «retour du bruit des bottes» en Europe ?

Si la nation disparaît, qu’est-ce qui pourrait fédérer l’individu à un autre sur un territoire ? En toute logique, nous pourrions penser à la région, au local, le premier ancrage en somme. Alors dans ce cas, si nous reprenons l’exemple de 1932, pourquoi en Bavière n’avons nous pas un régionalisme fort qui envelopperait de ses couleurs son länder face à une montée de l’ultranationalisme de l’AFD ? Allons plus loin, car si nous reprenons cette comparaison, alors autant y aller jusqu’au bout : où est le nationalisme bavarois qui sous le Troisième Reich a opposé au «Fuhrerprinzip» la croix ? Ce même nationalisme qui en 1945 osa défier les SS de Munich en plantant l’étendard bleu et blanc sur ses toits  ? Hélas, il semble que la région soit trop faible pour pouvoir remplacer la nation, car l’individu, face à la perte de ses repères, n’a plus qu’à se contracter sur lui-même encore et encore, jusqu’à trouver un noyau originel qui lui redonnerait espoir : l’«Heimat». Ou plutôt pour nous, la tribu.

Après tout, la famille voire la communauté, qu’elle soit ethnique, religieuse ou culturelle, semble offrir un bel horizon à un individu déboussolé : là où la nation a échoué, la communauté la plus soudée rassure, protège car elle nous ressemble le plus, face à l’autre qui n’a pas grand-chose en commun avec nous. Pourtant, ce rêve idyllique est un marché de dupes, car si la tribu dit «nous te protégerons car tu es des nôtres», elle rajoute discrètement «mais en échange tu nous devras une loyauté absolue, sans te poser de questions sur ce qui est bon ou mauvais pour toi». Derrière une apparente définition stricte de la communauté se cache une souplesse différente de la nation : la nation rassemble sur une communauté présente sur un sol, là où la tribu s’intéresse avant tout à une population donnée. Ainsi, beaucoup ont oublié qu’en 1994, lorsque le Rwanda était en feu, hormis les tutsis de nombreux hutus furent massacrés. Leur crime ? Avoir refusé «d’abattre les grands arbres» aux côtés de leur communauté contre leurs «ennemis». Et c’est là que la tribu se dévoile : l’individu qui hier était un membre de cette grande famille, un frère ou une sœur, celui-là peut devenir dès demain un traître «à sa race», «à sa classe», voire un apostat. La tribu remplace le vide causé par le déclin de la nation, en y instaurant sa loi, pourtant très flexible, permettant des écarts permanent avec ses membres. Ces écarts ne lui servent uniquement pour ses propres intérêts, c’est à dire perdurer dans le temps à n’importe quel prix. La loyauté de la tribu est censée être innée dès la naissance : pourquoi nous opposerions-nous à notre famille qui fait tant pour nous ? À l’inverse, la loyauté envers la nation n’est pas innée, car c’est à celle-ci de créer en l’individu un attachement. Et encore loyauté ne signifie pas forcément « obéir aveuglement ». Toutefois si cet attachement ne se crée pas, il faudrait alors le redéfinir...

La nation était une forme de garde-fou et en la dénigrant, la porte des excès est ouverte : par exemple quand le régime de Kagame annonçait la volonté d’un «espace vital» pour le Rwanda, de quelles frontières parlent-il ? Ses ambitions, qui se matérialisent par des nettoyages ethniques souvent méconnus, s’arrêteront-elles sur les bords du lac Kivu, ou bien sur celles du fleuve Congo ? Seul l’avenir nous le dira. De la même façon, quand Elon Musk, entre deux bras tendus un peu haut, déclare défendre la « civilisation occidentale», de quelle civilisation occidentale parle-t-il ? Parle-t-il d’un imperium de San Francisco à la Pologne, tel fantasmé par Francis Yockey, ou bien parle-t-il avant tout de la civilisation anglo-saxonne ? Quoi qu’il en soit, l’État-nation n’est plus une possibilité dans un tel discours.

Que faire dans ce cas ? La solution est simple : restaurer la dignité de la nation, non pas comme un impérialisme, ni comme une structure dominant chaque respiration d’un individu, mais comme la nation qui unit ses composantes en une, faisant fis des tribus. Restaurer la confiance pour casser l’entre soi, tel doit être le grand but de la nation.

Le Héron.

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